| L'immense
chantier qui a consisté à intégrer point par point l'acquis communautaire fut
l'opportunité d'une remise à niveau sans précédent de l'environnement économique
et des affaires. Ces pays connaissent depuis plusieurs années un développement
rapide, soutenu par une croissance supérieure à la nôtre. Pourtant, les disparités
d'un Etat à l'autre sont bien réelles. La Pologne est lanterne rouge - même si
elle possède la plus forte progression du produit intérieur brut (PIB) : + 28 %
par rapport à 1989. La Hongrie, la République tchèque, la Lituanie, l'Estonie
et la Slovaquie parviennent à stabiliser leurs positions. Chypre, Malte et la
Slovénie sont en tête et seront quasiment prêts pour mai 2004. Cependant,
même si une voire deux décennies seront nécessaires aux pays entrants pour
rattraper le niveau des Quinze, le bilan de part et d'autre reste positif. Le
dynamisme des exportations de la France vers les pays d'Europe centrale et orientale
(Peco) a augmenté de 15 % par an depuis 1991 et la tendance devrait
se poursuivre. Une croissance de 1,3 à 2,1 % est espérée dans les
pays candidats après l'entrée dans l'Union. Par ailleurs, les échanges des entreprises
françaises avec la zone Peco ont progressé de 25 % en 2001. Les pays
candidats représentent désormais 13 % des exportations de l'UE des Quinze,
et la France a multiplié par cinq ses exportations vers l'Europe centrale et orientale
en dix ans. "L'augmentation sensible de la taille de ce nouveau marché unique
devrait bénéficier aux entreprises européennes et à celles des pays candidats.
La Commission européenne prévoit une croissance économique engendrée par l'élargissement
autour de 0,7 % d'ici à cinq ans, et pour les pays candidats, elle devrait
être en moyenne de 2 %. Quant à l'Hexagone, il demeure encore 40 % en
dessous de son potentiel d'exportation. L'amélioration et l'harmonisation du climat
des affaires devraient favoriser les investissements directs des entreprises (IDE)
françaises", explique Emmanuelle Vigne, conseil en développement international
pour les marchés des Peco et de la CEI à la CCI
de Lyon, et animatrice du Club d'appui pays (Cap) Peco de l'ACFCI. Il
n'y aura pourtant pas de "choc" économique en 2004. "Il y a dix ans,
des accords existaient déjà avec l'Union européenne et entre les pays candidats
eux-mêmes, et, depuis 1995, les échanges se sont intensifiés", poursuit
Emmanuelle Vigne."L'ouverture économique des frontières s'est déjà faite. Cela
s'est d'ailleurs traduit par un important déficit des balances commerciales des
pays entrants. L'élargissement officiel de 2004 et ses corollaires, que sont
les politiques structurelles et les différentes aides, permettront à ces pays
d'entamer la structuration de leurs capacités économiques et productives",
précise Henri Malosse, membre du Comité économique et social européen, et conseiller
de l'ACFCI pour les affaires européennes. Les PME-PMI françaises sont déjà
très présentes en Europe centrale et orientale, notamment en Pologne, en République
tchèque, en Slovénie et en Hongrie. Une dizaine de grands groupes se partagent
80 % des investissements, mais les PME représentent 72 % des entreprises
présentes. Une seconde vague de PME s'intéresse aujourd'hui de très près aux potentiels
locaux de ces pays. Ils sont multiples et différents d'un Etat à l'autre. "Des
coûts de production compétitifs, une main-d'œuvre très qualifiée, la taille des
marchés domestiques et la faible concurrence locale constituent les facteurs communs
évoqués par les PME. A chaque entreprise ensuite d'identifier les niches et les
bons partenaires. Tous les pays disposent de potentiels à détecter et l'image
de la France est très bonne, ce dont finalement assez peu de PME ont conscience",
souligne encore Emmanuelle Vigne. L'environnement, les infrastructures
de transport et de production, les biens d'équipement, l'automobile et les
télécommunications sont quelques-uns des secteurs porteurs. Un exemple de réussite
parmi d'autres : la société Abzac*,
qui a ouvert une usine en République tchèque en 1997. Elle affiche aujourd'hui
les meilleures productivité et rentabilité du groupe avec une progression de 15 à 20 %
par an. Même succès en Pologne quelques années plus tard. "Nous sommes numéro
un dans ces deux pays et nos perspectives de développement sont importantes. Nous
avons axé notre savoir-faire sur la qualité de nos produits et la technicité de
nos équipes locales. Les résultats parlent d'eux-mêmes", déclare Georges Jacob,
le PDG. Pourtant, certains entrepreneurs redoutent les effets pervers de l'élargissement
: délocalisations, dumping commercial et fiscal, mauvaises applications des règlements
et normes, hausse des flux migratoires… "Ces inquiétudes sont légitimes mais
non fondées. De plus, nous savons très précisément qu'une main-d'œuvre moins chère
est en grande partie compensée par une productivité moins élevée. Et l'on prévoit,
à moyen terme, une convergence du niveau des salaires. Par l'intégration dans
l'UE, le risque de dumping va en effet diminuer, car ces pays devront adopter
les règles et les normes européennes", observe Bénédicte Belzung, de la direction
des relations internationales et européennes de l'ACFCI, et responsable de la
coordination du réseau des Euro
Info Centres pour l'élargissement. Pour bon nombre d'acteurs économiques
et consulaires interrogés, les inquiétudes relèvent davantage d'un manque
d'information que de situations tangibles. Le sondage réalisé en octobre 2002
par la mission économique pour l'élargissement le prouve : 52 % des PME déjà
implantées envisagent l'avenir comme prometteur et 38 % comme très prometteur.
L'optimisme est donc plutôt de rigueur. "C'est maintenant qu'il faut saisir
les occasions, car dans deux ou trois ans, il n'y aura presque plus de place",
remarque Georges Jacob. "En fait, il restera toujours des parts de marché,
mais elles seront cinq fois plus chères", renchérit Sebastian Mikosz, directeur
général de la CCI française en Pologne.
"Aujourd'hui, il reste encore des niches à prendre, pour peu que l'on sache
travailler dans la durée et être vigilant sur le montage financier de son projet",
conclut Georges Jacob. 
Contact :
Emmanuelle Vigne E-mail : vigne@lyon.cci.fr
Bénédicte Belzung E-mail : b.belzung@acfci.cci.fr
Sébastian Mikosz E-mail : ccifp@ccifp.pl
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| Les
potentiels locaux présentés par les pays d'Europe centrale et orientale sont multiples.
Seulement, les PME-PMI françaises doivent saisir ces opportunités dans les deux
ou trois prochaines années. Photo : © Réa/Mauro Galligani Contrasto |
| * Fabricant de tubes
en carton pour la papeterie et les films plastiques. Emploie 750 personnes
dans 17 usines à travers le monde. |
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